Le Panafricanisme : de la crise à la renaissance
Michel Kounou
Yaoundé, Editions CLE, 2007, 600 pages, 15000 FCFA (23 euros)
C’est un ouvrage de 600 pages, dont le volume en lui-même montre déjà que le thème du panafricanisme reste bel et bien d’actualité. D’après Michel Kounou, chargé de cours à l’université de Yaoundé 2, le panafricanisme, qui tire ses origines de l’action politique des communautés noires d’Amérique au 19ème siècle, s’est depuis structuré en une véritable théorie politique et en un projet de société.
Toutefois, à travers les époques, ce panafricanisme originel a été profondément travesti, torpillé, détourné. Tant et si bien que même les références les plus couramment citées aujourd’hui (Nkrumah, Nyerere…) ne renvoient qu’à des tentatives infructueuses de régénération du « vrai » panafricanisme, celui des William Monroe Trotter, Dr Du Bois, John Brown… et qui visait la libération véritable des Africains et leur unification, dans la perspective de faire d’eux des acteurs de la scène internationale et non des victimes.
En fait, le livre amène à constater que, finalement, les théories de Nkrumah arrivent malheureusement trop tard et sont du reste impuissantes devant ce que l’auteur appelle « les alliances internationales visant à ravaler l’Afrique au rang de jungle irrécupérable ». Allusion faite ici aux forces occidentales et leurs complices africains, qui s’associent, vers les années 1960 dans le cadre du processus des indépendances octroyées, pour briser le rêve de l’unité africaine véritable.
D’après Michel Kounou, cette action de destruction du projet panafricaniste récolte ses meilleurs « trophées » à travers la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963, transformée plus tard en Union africaine (UA). Car dans l’un ou l’autre cas, l’auteur trouve en ces organisations des coquilles vides et des projets destinés plutôt à rendre impossible l’unité africaine.
Pour l’auteur, le panafricanisme n’est pas une idée vague, sans prise sur le réel. Les peuples africains ont bel et bien connu une période glorieuse d’unité. En effet, à l’époque des grands royaumes, « ces peuples ont (…) bâti des systèmes d’intégration sophistiqués, jusqu’aux agressions arabo-ottomanes et européennes, dans un environnement pluraliste ». D’où la nécessité, pense-t-il, de remettre à l’ordre du jour une véritable stratégie de renaissance visant trois principaux objectifs : l’émancipation politique, la prospérité économique et la sécurité sociale.